Arseniq33 @ Petit Campus, 12.05.2017

ARSENIQ33 – On s’en fout pas tant que ça.

Les luttes du passé n’ont jamais cessé, c’est l’essoufflement des militants qui donnent l’impression qu’elles ont reculé. L’effort est toujours suivi d’un relâchement pour assurer la stabilité et l’ordre, mais celui-ci restera à jamais éphémère et vaporeux. L’ordre est précaire et ultra hasardeux en ces temps chauds. Toujours près de la crise de nerfs. Toujours prêt à se faire découper en petits bouts. Le capitalisme est toujours aussi oppressant qu’il ne l’était il y a 25 ans. Les militants du temps ont peut-être pris un peu de poids, mais rien n’empêche que nous sommes assez nombreux aujourd’hui pour pouvoir déclamer que ce n’est pas notre révolution si ce n’est pas celle d’Arseniq33.

Jaune Prodz présentait à nouveau un concert à guichets fermés dans un Café Campus surchauffé et exalté. Les légendes du punk québécois d’Arseniq33 ont trop longtemps laissé leur public dans l’attente et celui-ci arbore fièrement tous les t-shirts de l’époque prêts à décrier en chœur les refrains les plus accrocheurs de notre Québec du tournant du millénaire. Le Sommet des Amériques. L’époque postdésolation. Post Kurt Cobain. On s’en souvient. Des refrains, mais aussi de leurs couplets, de A à Z. Sur l’ensemble du spectacle de deux sets pour permettre le changement de costume. Le public y était comme le membre invisible qui bât la cadence. Tout aussi essentiel dans la magie du spectacle que le groupe lui-même, uni et fraternel, le partage d’énergie était palpable. L’émotivité aussi. Parce que ce groupe est viscéral. Parce que ce groupe possède une profonde intelligence. Réjouissez-vous, le rêve d’un nouvel album n’est maintenant plus une utopie.

En ouverture, le puissant duo Crabe, récipiendaire d’un Lucien au dernier GAMIQ pour l’album punk de l’année, a fait sursauter le public avec leur punk-noisy abrasif et tout à fait innovateur. Se situant quelque part entre The Melvins, Hella, Sonic Youth et The Locust, Crabe était sans contredit le groupe parfait pour entamer cette soirée. Secret encore trop bien gardé de notre scène locale, le duo roule sa bosse depuis une dizaine d’années dans les milieux alternatifs un peu partout sur la planète et devrait être chéri comme un des plus beaux joyaux de notre métropole. Crabe joue avec le sens de l’échec. Les musiciens donnent l’impression à tout moment d’être tel un funambule, sur la corde raide. Chaque instant surprend plus que le précédent. Le public est très attentif et on sent une curiosité malsaine. Le groupe donne constamment l’impression d’être à un fil de perdre le nord. On les écoute et les regarde parce qu’on s’attend à les voir se planter, mais ça n’arrive jamais. On a plutôt droit à des pièces complexes à souhait, infiniment bien structurées et fignolées, et interprétées avec une magnifique désinvolture.

Avant de terminer cet intense spectacle entre ciel et terre, Crabe propose son interprétation d’une pièce d’Arseniq33. Les principaux intéressés semblent avoir trouvé l’exercice particulièrement divertissant, et le public tout autant. Un nombre incalculable de succès allait suivre. On se souvient des textes comme d’un mantra répété à outrance depuis 25 ans. Les points en l’air, on a une salle comble qui fait du air-drum. On n’a pas vu de plus beaux body-surfing depuis que le Vans Warped Tour a commencé à présenter du Emo. Et on a surtout rarement vu un public aussi vibrant suivre un groupe qui n’a rien sorti depuis l’époque de Cool Fm. Tout y était comme la compilation la plus complète qu’on aurait pu imaginer. Au-delà des espérances, les bêtes jaunes n’ont pris aucun temps mort pour remettre à jour une époque que personne n’avait oubliée. Sans jamais avoir fait quelconque compromis, et n’ayant jamais obtenu la visibilité médiatique qui leur revenait, la succession de tous ces succès permet de réaliser l’importance qu’à joué sur l’imaginaire collectif ce groupe évoluant tout à fait dans l’ombre des marchés commerciaux. La trame sonore d’une génération qui n’en a rien à foutre et qui fait des manifs sur du Rage against the Machine. Un grand moment d’art qui transpire à travers le spandex. Un grand moment de rassemblement politique d’une certaine manière. Et peut-être même, un grand moment de révolte sociale.

À voir partout au Québec

26/08 @ Minautore //Gatineau
08/09 @ La Sainte-Paix //Drummondville
16/09 @ Bar le Magog//Sherbrooke
29/09 @ Franky’s //Sorel-Tracy
30/09 @ Transit//Terrebonne
13/10 @ La Fractrie //Valleyfield
14/10 @ La Fractrie //Valleyfield
27/10 @ Café du Clocher//Alma
28/10 @ Coop Paradis//Rimouski
08/12 @ Zénob //Trois-Rivières

Texte: David Atman

Photos: Sébastien Jetté