PJ Harvey @ le Métropolis, 14.04.2017

Le Métropolis en a vu depuis ce début d’année, mais la soirée de vendredi avait un goût particulier. Seize ans après son dernier passage dans la métropole montréalaise, l’engouement du public avait atteint un point de non-retour. Mais PJ Harvey a relevé le défi haut la main, comme à son habitude.

Dans le monde de la musique, il y a les artistes et puis il y a les «autres». Ceux qui, de par leur talent, leur authenticité et leur présence rentrent dans une catégorie à part.  Véritable petit bijou de la scène rock alternatif/folk-rock, PJ Harvey est en effet un oiseau rare.

C’est sur les coups de 20 h 30 que tout un arsenal arrive sur scène, dans la sobriété la plus totale: tambours, claviers, cuivres et autres instruments accompagnent la jolie brune. En tout, ce sont dix musiciens, y compris John Parish (son principal collaborateur), qui s’apprêtent à nous faire vivre une heure et demie de pur bonheur.

Chain Of Keys, extrait de sa dernière œuvre The Six Hope Demolition Project (2016) marque le début d’une soirée empreinte d’un crescendo d’émotions. Saxophone en main (et multi-instrumentaliste dans l’âme), Polly Jean interprète ensuite The Ministry of Defense avec brio, histoire de nous donner les premiers frissons de la soirée.
The Community of Hope, The Orange Monkey et A Line in the Sand tracent la trajectoire suivie par l’artiste: dans une veine plutôt engagée, son dernier opus est le fruit d’un travail de longue haleine.

Après plusieurs voyages au Kosovo, en Afghanistan puis à Washington, elle publie en avril 2016 un recueil de poèmes et de photos intitulé The Hollow of the Hand, en collaboration avec Seamus Murphy. Naît par la suite The Hope Six Demolition Project, vivement critiqué par certains membres politiques. Pas de place pour la polémique cependant, PJ Harvey s’empresse de nous faire trembler avec Let England Shake, The Words That Maketh Murder et The Glorious Land, tous extraits de Let England Shake (2011). Un album couronné de succès puisqu’il remporte un Mercury Music Prize en 2013. Incisive à souhait, sa voix nous pénètre un peu plus dans la chair à chaque seconde qui passe.

When Under Ether nous anesthésie quelques minutes, le temps de se rappeler de l’époque White Chalk (2007), un album épuré sur lequel on retrouve une PJ Harvey plus douce, plus mélancolique aussi. Malgré les quelques temps morts entre chaque morceau, la faute est vite pardonnée à celle qui sait raviver la flamme comme personne. Derrière sa grâce et sa beauté envoûtantes se cache un côté animal torturé, brut et sauvage, qui se réveille sur The Devil et qui la rend si irrésistiblement attirante.

Toujours au garde-à-vous, les musiciens font hurler leurs instruments sur The Wheel ainsi que The Ministry of Social Affairs. 50ft Queenie fait l’effet d’une claque en pleine figure, un retour en arrière de seulement quatorze ans pour son deuxième album teinté d’une agressivité digne de ses débuts. Les plaies du passé sont désormais à vif avec Down By The Water et To Bring You My Love extraits de l’album du même nom.

Contraints de jouer River Anacostia à la manière d’un murmure à cause de difficultés techniques (et de quelques rustres spectateurs), la première partie se termine tout en douceur. Bob Dylan à l’honneur pour la première chanson du rappel, PJ Harvey effectue un retour en force avec Highway 61 Revisited et conclut la soirée avec The Last Living Rose.

Avec des arrangements musicaux et vocaux bien plus étudiés qu’auparavant, la voix cristalline de la chanteuse se sera merveilleusement entremêlée aux voix graves des hommes présents sur scène avec elle. En véritable phénix, PJ Harvey semble renaître de ses cendres à chaque nouvel album et continue de briller après 25 ans de carrière; en espérant ne jamais la voir emprunter la pente descendante.

Texte: Marine Lardennois

Photos: Sébastien Tacheron

Setlist

Chain of Keys
The Ministry of Defence
The Community of Hope
The Orange Monkey
A Line in the Sand
Let England Shake
The Words That Maketh Murder
The Glorious Land
Medicinals
When Under Ether
Dollar, Dollar
The Devil
The Wheel
The Ministry of Social Affairs
50ft Queenie
Down by the Water
To Bring You My Love
River Anacostia
Rappel
Highway 61 Revisited (Bob Dylan cover)
The Last Living Rose