Grizzly Bear @ Mtelus, 26.11.2017

Même si ça ne m’est pas arrivé trop souvent en plus de 12 ans dans le monde des médias, il y a quelques fois des spectacles que je vais voir seulement, car il faut que quelqu’un y soit pour faire la critique. Comme je suis un curieux de nature et que j’ai toujours à cœur les sites web pour lesquels j’écris, ce n’est pas un gros sacrifice et j’ai parfois de belles surprises. Il est donc encore plus rare que je ne sais pas trop quoi penser de ce que j’ai vu et entendu. Je ne connaissais pas du tout Grizzly Bear avant que je donne mon nom pour y aller et comme souvent, j’ai écouté leur musique sur Google Play Music seulement quelques jours avant de m’y rendre. Je dois vous avouer que ce que j’ai entendu m’a plu, sans pour autant me renverser, et que j’avais toutes les meilleures intentions en arrivant au nouvellement baptisé MTelus.

Des musiciens et chanteurs vraiment talentueux

À voir à quel point il y a du monde dans la salle, je ne peux pas m’empêcher de me demander où j’étais ces 15 dernières années et comment j’ai pu passer à côté de leur existence. Le décor est intéressant avec des structures à mi-chemin entre des rideaux froissés et du papier d’aluminium qui donnent l’impression d’une grotte un peu surréaliste. On peut aisément sentir la frénésie dans l’auditoire avec l’arrivée imminente du groupe américain. Je suis donc assez surpris lorsque le guitariste Daniel Rossen se pointe sur scène pour chanter Four Cypresses, de leur nouveau disque Painted Ruin, que les réactions ne soient pas plus vives.

Ce sera ensuite au tour du claviériste et fondateur de la formation Ed Droste de prendre le micro pour nous souhaiter la bienvenue et chanter la chanson suivante intitulée Losing All Sense. Il est indéniable que les quatre musiciens ont du talent. Chacune de leur chanson est interprétée avec précision autant qu’avec émotion et le chant est toujours beau et juste. Si les deux chanteurs ont une belle voix, les nombreuses harmonies vocales où les quatre membres chantent en même temps sont tout simplement ce que le band fait de mieux et rares sont ceux qui réussissent aussi bien qu’eux.

Une performance qui manque malheureusement de mordant

Malgré toutes ces bonnes qualités, il n’en reste pas moins qu’on est loin d’un spectacle très captivant. Le groupe n’est ici que pour jouer sa musique et non pour nous divertir autrement. Ils ne bougent que très peu et leurs interventions avec le public s’en tiennent au minimum. La soirée s’adresse vraisemblablement aux vrais fans qui connaissent les compositions du quatuor et qui ne désirent que les vivres en live le temps d’une soirée. L’ambiance est quasiment solennelle avec l’assistance qui ne réagit qu’entre les pièces et qui est immobile et concentrée le reste du temps, à l’instar de ceux qu’ils sont venus voir. Du point de vue d’un non-initié, il est dur de se sentir concerné par cette connexion qui unit les artistes et leurs admirateurs et l’on devient vite lassé d’être là.

Il ne me faut pas très longtemps avant de déconnecter complètement et trouver que chaque chanson ressemble à la précédente. Après une heure et demie à espérer qu’il se passe quelque chose de différent, je dois déclarer forfait. Je tiens à rassurer les fans en leur disant que je suis conscient que mon point de vue manque d’objectivité et que je manque cruellement de connaissance pour juger convenablement leur prestation. Je rappelle aussi qu’ils sont très talentueux en tant que musiciens et que leur interprétation est sans failles. Je n’arrive juste pas à voir en quoi ils se démarquent de la panoplie de formations qui officient dans le même genre qu’eux. Au final, avec tous ces sourires perceptibles sur le visage des spectateurs, la grande majorité de ceux qui ont payé leur billet a passé un très beau moment et c’est ce qui compte, indépendamment de ce que j’ai pu en penser ou écrire sur le sujet.

Texte: Sébastien Léonard

Photos: Helene Dickey