Pas si seul ensemble.

Le gratin de Pea-Soup gratte les souvenirs à la sauce du jour, communément appelé la sauce LJ Cormiesque. Tous ces visages connus lorsque l’on pitonne un ti-peu sur la tivi québécoise. Tous ces visages qui nous font dire «Hey, c’est chose!» et le sempiternel «c’est quoi son nom, déjà?» assurément suivi du «bon, en tout cas». On a bien fait sûr de nous envoyer la liste des invités qui  seraient de cette première médiatique. Pourquoi? Afin d’angoisser à se dire peut-être que je serai assis entre Ti-Cuir et Ti-Guy Beaudoin.

Audace?

On nous présente Seul Ensemble comme un spectacle contemporain et audacieux. Ces termes sont pour leur part audacieux et tendancieux. Ce fut un spectacle de cirque comme il s’en fait tant pour un public de tous âges et pour une population non pas audacieuse, mais plutôt stable et confortable. Rien n’enlève à la beauté du spectacle, mais pour l’audace, il ne faudrait pas tant exagérer.

Le rideau tombe sur le tableau le plus réussi du spectacle. Une scène psychédélique que nous pouvons imaginer être une taverne durant le Flower-Power avec des dizaines de danseurs et d’acrobates dont les mouvements se caractérisent par la lenteur. La scène tourne. La pièce centrale faite de vitraux se déplace. Les acteurs sont à la fois fragiles et durs comme le roc. La mise en scène est très diversifiée, chacun des tableaux possèdent sa propre identité, sa propre signification. Parfois, ce n’est pas toujours clair. Les liens sémantiques entre les pièces de Fiori et le spectacle que nous observons sont parfois un peu flous, mais en somme ça fonctionne plutôt bien. Les plus chauds applaudissements ont eu lieu alors qu’on aperçoit un Fiori sur écran géant, partageant sa sagesse. Touchant.

Deuxième partie

La deuxième partie est beaucoup plus faible. On y sent un manque de temps pour peaufiner les tableaux. Un manque de signifiant aussi. Toujours très impressionnant, mais un peu plus broche-à-foin et carrément moins inspiré. Un funambule qui part de la scène pour aller vers le balcon du Théâtre St-Denis, comme une immersion avec le public. Ce funambule, seul personnage de la pièce à avoir été attaché à un câble pour éviter la chute libre sur le parterre, parce que ce qui compte c’est  surtout la sécurité du public et pas tant des artistes. La scène de la balançoire à bascule fut l’une des plus impressionnantes du spectacle alors que les deux acteurs se partageaient le risque et les acclamations du public.

Seul Ensemble est une pièce tragique, mais porteuse d’espoir qui se déroule dans les hauteurs des profondeurs.  L’orchestration de Louis-Jean Cormier est parfois sublime, parfois un peu moins. Les transformations apportées aux pièces de Fiori sont effectivement une mise à jour de son œuvre, je me questionne toutefois à savoir si l’album physique qui découlera de ce spectacle sera écoutable pour ceux qui n’ont pas assisté au spectacle. Et j’en doute fortement. En fait, musicalement, les meilleurs moments ont eu lieu lorsque Louis-Jean Cormier s’est fait le plus discret. En somme, c’est un spectacle à voir, mais qui aurait peut-être bénéficié de quelques mois supplémentaires de travail  afin de mieux faire s’imbriquer la musique d’Harmonium et le cirque.

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