Cet album donne vraiment l’impression de toucher à une des fibres originales du rock, c’est-à-dire qu’on joue une musique imparfaite, émotionnellement chargée et toujours vraie.

Suite à l’entrevue que j’ai conduite avec les chanteurs de Light Bulb Alley et Hoozbah, on m’a laissé écouter leurs albums respectifs en vue de leur lancement double le 8 juin prochain. Après plusieurs écoutes, il est clair que l’album de Light Bulb Alley, que leur chanteur Allistaire a qualifié de Magnus Opus, est bien plus que la somme de toutes ses parties. Noyées dans le reverb et les sonorités psychédéliques, chaque pièce de l’album semble vouloir nous ramener vers le passé dans un élan de nostalgie fabriquée et complètement entraînante. Après chaque chanson j’ai eu le réflexe de retourner dans ma bibliothèque musicale chercher à travers le temps à quels classiques je pouvais les y rattacher. Et bien qu’on sente parfois les influences de Morricone, The Trashmen, Dick Dale, Link Wray, The Jam, les Rolling Stones et j’en passe, on ne s’approche jamais du pastiche ou de la simple copie. Il ne suffit vraiment qu’écouter les premières secondes de «Corpus Locus» qui ouvre l’album pour comprendre que la fibre créative chez Light Bulb Alley dépasse grandement les simples bands de garages ou de cover qu’on retrouve à tous les coins de rue. Les lignes de guitares s’inspirent beaucoup de la musique surf, tandis qu’on retrouve beaucoup d’ambiances westerns (c’est surtout le cas dans la troisième pièce de l’album «Solitude» qui commence avec un swell et une batterie qui minimaliste qui font pensées à une ode de Morricone ou au moins à quelque chose qui a sa place dans un film de Tarantino) parfaitement ancré dans la tradition du rock, l’album se démarque entre autres par sa sonorité et son ambiance particulière. Bien que ce ne soit pas toujours évident de qualifier un son particulier ou une ambiance musicale, je crois que l’adjectif qui colle le mieux est celui de damp. Le reverb omniprésent et la multitude de pistes de guitares créent une sonorité lourde, humide et chaude. La voix du chanteur est souvent enfouie dans le mix ce qui permet à la musique d’être mise en valeur dès la première écoute. Tout de cet album semble avoir été pensé dans une optique rétro et Lo-Fi et rien n’est laissé au hasard, même les imperfections sont parfaitement interprétées. Le meilleur exemple est sans doute la cinquième chanson de l’album «I don’t owe you a thing» où la voix du chanteur et les back-vocals se frottent et se frôle beaucoup plus souvent qu’elles ne s’imbriquent parfaitement. Cette imperfection est justement parfaite pour un album qui baigne autant dans le rock de garage des années soixante. Depuis la grosse vague du rock de garage du début des années 2000, le marché de la musique est inondé de groupes de rock qui produisent une musique surproduite, parfaite et léchée, qu’il faut se demander si par rock de garage on voulait simplement dire mainstream rock. Retournez écouter les groupes comme Jet, The Hives, The Vines, Franz Ferdinand, The Raconteurs ou les derniers albums des Black Keys, The Arcs, Black Rebel Motorcycle Club, on ne ressent pas la fébrilité et l’authenticité des groupes qui enregistraient sur des bandes magnétiques et où ce qui était joué allait se retrouver sur l’album peu importe la qualité du produit. Pour ceux et celles qui ont choisi de lire cette petite montée de lait (j’en doute vraiment), je veux quand même souligner que la critique que je fais n’est pas à propos de la qualité de la musique produite par ces groupes. J’écoute ces albums tous les jours ou presque et je continuerai à le faire. Là où je voulais en venir, est que cet album donne vraiment l’impression de toucher à une des fibres originales du rock, c’est-à-dire qu’on joue une musique imparfaite, émotionnellement chargée et toujours vraie.

À 16 chansons, ce n’est pas un album qui s’écoute d’un trait. Je l’ai écouté en blocs séparés; le premier comprend les sept premières chansons. Dans ce bloc on retrouve entre autres «Problems» vrai petit bijou rock basé sur une progression qui nous rappelle le «Stray Cat Strut» des Stray Cats de Brian Setzer. Très très très très très rock and roll, cette chanson est une vraie partie de plaisir avec sa batterie entrainante, ses solos de guitare dynamiques et le vocal presque crié. S’en suit la ballade lascive «Solitude» qui nous donne l’impression d’entendre le chanteur au travers une vieille radio AM décrépie. On trouve aussi dans ce bloc le hit de l’album si on peut le qualifier ainsi: «I don’t owe you a thing». La chanson prend près d’une minute pour s’annoncer. Après cette introduction qui fait languir, on se fait lancer un riff parfaitement rock qui me rappelle l’énergie des Black Keys du temps de Attack and Release. La formule qui suit est éprouvée et intemporelle: couplets calmes; riff; couplets moins calmes, refrains explosifs; riff; Solo. Sans réinventer la roue, le résultat est du pur plaisir à écouter et donne vraiment le goût d’être entendu sur scène et non dans un stéréo d’Honda Civic (d’où j’écoute l’album en me rendant au travail). La dernière chanson du bloc est «Fly Away (you stupid ghost)» qui commence avec une ligne d’harmonica dont la sensibilité rappelle l’album Harvest Moon de Neil Young. Le refrain de la chanson nous hante longtemps après l’écoute et je me suis trouvé à l’avoir chanté assez souvent pour que ma femme le fasse aussi sans avoir écouté la chanson! Tout de cette pièce est d’une beauté touchante. On se laisse facilement emportée durant les 4 minutes de cette ballade douce de telle manière qu’on ne se rend pas compte de la puissance et la richesse des arrangements qui la finissent.

Le second bloc est lui aussi très bon et s’éloigne quelque peu aux sonorités morriconiennes qui marquaient le début de l’album. «How Far» et «Cut me loose» sont du pur rock de garage qui évoque des peines d’amours sur des riffs de guitares et des solos courts et efficaces. La 11e chanson de l’album «Travelling Alone (I lost my mind)» commence calmement et m’a bizarrement fait penser à «Polly» de Nirvana bien que les deux chansons n’aient rien d’autre en commun que leur progression d’accords similaire. Le refrain court et énergique rappelle les Rolling Stones des débuts par voie des Hives et c’est très correct comme ça! Le troisième bloc est définitivement le plus rock. On retrouve des bijoux comme «Volonteer Slave» qui crache un rock rapide et super entrainant avant de toucher des textures intéressantes avec un refrain qui fait penser au Hendrix d’Electric Ladyland. La pièce est suivie par l’hommage le plus direct qu’on retrouve sur tout l’album. « What you wanted (is what you got) » est du pur Rolling Stones à la Sticky Fingers et Let it Bleed, bref du pur Plaisir!  «Liquor Store» est la pièce la plus punk de l’album. Continuant ave les influences britanniques, on entend une influence directe de The Jam, groupe de punk dont le son de guitare est immanquable et dont la musicalité était beaucoup plus développée que les Sex Pistols et même The Clash[1].

Ce qu’on aime:

Fébrilité du son

Le mix dense

L’essence purement rock de la musique

Ce qu’on aime moins:

La batterie est plutôt mince dans le mix

Il semble manquer de «bottom» au tout

Extra:

J’ai surtout aimé «What You Want (is what you got)»

Ma femme a aimé «Fly Away (you stupid ghost)»

Mon fils de 4 ans aurait voulu écouter «Master of puppets»

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[1] À noter que Liquor Stoe n’a pas été inclus dans la version de l’album. Il suffit d’aller voir le groupe jouer pour l’entendre.

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