Slayer @ Place Bell, 30.05.2018

Bien que nous ne soyons qu’au printemps, le Slayer Farewell Tour est considéré par plusieurs comme l’évènement de l’année et c’était une date très attendue par les amateurs de thrash métal. Avec un line-up de fou n’incluant que de grosses pointures du monde de la musique, on ne pouvait pas se tromper. C’est donc une Place Bell à guichet fermé qui accueillait Testament, Behemoth, Anthrax, Lamb of God ainsi que Slayer le 30 mai dernier.

Un très tôt début de spectacle

D’emblée, le spectacle commence à 17 h, c’est très tôt et on le voit par les nombreux sièges vides dans les gradins lorsque Testament fait son entrée sur scène. L’autre aspect notable qui m’a frappé à ce moment est l’absence d’écrans géants. C’était ma première fois à la Place Bell, mais considérant l’immensité de l’amphithéâtre, j’aurais imaginé qu’un support visuel aurait été mis à disposition pour compenser la visibilité réduite de ceux qui ne se trouvaient pas à proximité de la scène (comme moi!). Malgré ce détail un peu agaçant, l’éclairage était irréprochable, et était abondamment utilisé pour mettre l’accent sur les nombreux solos de guitare ou bien Chuck Billy qui faisait aller abondamment son air guitar. C’est donc à une prestation de Testament un peu flou, mais bien mis en valeur à laquelle j’ai eu l’occasion d’assister.

Vient ensuite le seul groupe européen de la soirée, Behemoth. Comme pour Testament avant eux, le son n’était pas à son mieux et sonnait brouillon par moment. La performance du groupe était malgré tout très réussie par sa synchronicité et par l’intensité que Behemoth sait si bien offrir à son public. Nous avons eu la chance d’entendre une (trop courte) brochette de leurs meilleures chansons, en plus de Wolves Ov Siberia, une nouveauté. Nergal a eu l’amabilité de s’adresser à nous en nous dénommant «Montréal», j’ai trouvé ça assez respectueux de sa part. Il s’agit d’un geste qui sera également répété par les autres formations, comme quoi l’identité de la foule ne change pas au gré des salles de spectacle.

Un crescendo d’intensité

Anthrax est l’un de mes groupes préférés et pour cause, ils nous ont offert une solide prestation mercredi soir. Joey Belladonna était très en voix et communiquait abondamment avec la foule. Quant aux autres membres du groupe, Frank Bello, Scott Ian et Jonathan Donais étaient en feu sur scène, sautant dans tous les sens et donnant leur 110 % durant la performance. On a pu assister à un très beau circle pit durant I am the Law, et durant Evil Twin Joey a fait chanter le refrain de la chanson à la foule avec brio. À la fin de leur performance, la salle était officiellement pleine et la foule bien réchauffée pour ce qui allait suivre!

Après Anthrax, j’ai voulu profiter de la pause pour m’acheter un petit quelque chose à manger. Mais une très longue attente et des problèmes de machinerie pour effectuer les paiements m’ont causé tout un délai. C’est donc avec beaucoup de retard que je suis arrivé pour voir la performance de Lamb of God. À mon retour c’est Engage the Fear Machine qui jouait et j’ai pu constater ça brassait solidement au parterre. Mention spéciale à Randy Blythe qui, de main de maitre, a su augmenté l’intensité déjà bien présente pour la faire culminé durant leur dernière chanson Redneck, moment ou il demanda à la foule de faire un circle pit qui prit une dimension colossale.

Un départ intense et solennel

Le moment tant attendu arriva enfin: la performance de Slayer. Dès le début du spectacle, nous nous sommes fait éblouir par l’aspect visuel. L’éclairage était absolument parfait, et le groupe a vraiment mis le paquet pour leur dernière tournée avec des projecteurs, de la pyrotechnie, ainsi que plusieurs arrière-plans aussi beaux les uns que les autres, dont un qui était à la mémoire de leur défunt guitariste, Jeff Hanneman. Le tout à permis de générer et maintenir une atmosphère incroyable durant le spectacle. La température est montée au fur et à mesure que la soirée passait, pyrotechnie aidant. Le groupe a passé en revue leurs plus gros succès, dont entre autres Angel of Death, Disciple, et Raining Blood. Tom Araya s’est adressé à plus d’une reprise à la foule, et a eu droit à chaque fois à une ovation. Malgré l’immensité des lieux, ces moments m’ont semblé intimes, on était en mesure de voir l’assistance dans son entièreté, et ainsi voir Slayer regarder son public montréalais pour la dernière fois. Bien qu’encore intense, la foule était plus calme que durant Lamb of God, comme si on était tous conscient de l’aspect solennel du spectacle, le dernier de Slayer. Malgré un visuel absolument flamboyant, Slayer est resté fidèle à lui-même en offrant une prestation intense qui allait droit au but, sans fla-fla et sans rappel.

Peu importe de la manière que l’on regarde la soirée, nous avons eu droit à un spectacle exceptionnel. L’ordre des groupes était parfait et j’en aurais pris plus pour chacune des formations présentes. Dans le cas de Testament, Behemoth, Anthrax et Lamb of God, il était presque étrange de voir des prestations si courtes pour des groupes de si hauts calibres. Certains iront se consoler en allant revoir Lamb of God à la mi-juin au Rockfest ou Behemoth à leur prochain passage à l’automne. En ce qui a trait à Slayer, peu de groupes peuvent se targuer d’avoir terminer leur carrière musicale sur une telle apothéose. Je crois que Montréal a su faire un adieu digne de ce nom à Slayer, et pour chacun d’entre nous qui était présent à la Place Bell ce fameux 30 mai, nous pouvons nous vanter d’avoir assisté à l’un des évènements majeurs du monde de la musique métal.

Setlists

Slayer : Repentless, Blood Red, Disciple, Mandatory Suicide, Hate Worldwide, War Ensemble, Jihad, When the Stillness Comes, Postmortem, Black Magic, Payback, Seasons in the Abyss, Dittohead, Dead Skin Mask, Hell Awaits, South of Heaven, Raining Blood, Chemical Warfare, Angel of Death

Lamb of God : Omerta, Ruin, Walk With Me in Hell, Now You’ve Got Something to Die For, 512, Engage the Fear Machine, Blacken the Cursed Sun, Laid to Rest, Redneck

Anthrax : Caught in a Mosh, Got the Time, Madhouse, I Am the Law, Evil Twin, Antisocial, Indians.

Behemoth : Ov Fire and the Void, Demigod, Ora Pro Nobis Lucifer, Wolves ov Siberia, Chant for Eschaton 2000, O Father O Satan O Sun!.

Testament: Brotherhood of the Snake, Rise Up, Electric Crown, The Pale King, Into the Pit, The New Order, Disciples of the Watch.

Texte : Isabelle Sullivan

Photo d’archive