The Steady Swagger – Volume III

Avec un premier album, les gens te découvrent.

Avec un deuxième album, les gens te suivent.

Au troisième album, les gens te jugent.

La pression est forte pour le trio montréalais, The Steady Swagger, qui lance le 15 avril prochain au Café Campus, déjà le Volume III de leur relativement courte carrière. Le groupe qu’on peut maintenant entendre sur les ondes de Z Télé lors du générique de l’émission Blood Brother, en est à un moment charnière de sa carrière; le succès frappe doucement à la porte. Ce sont les racines d’une époque qui souhaitent s’étendre en longévité ou la cime d’un arbre qui tente de rejoindre le soleil; droit comme le roc mais qui pli sous le souffle du vent.

De plus en plus rare qu’on entend parler d’un troisième album d’un groupe local. Personne ne s’y rend. C’est comme la fin d’«À la recherche du temps perdu» de Proust. Tous font semblant d’y parvenir mais plus facile à dire qu’à faire. Beaucoup de courage et d’efforts sont nécessaires, de patience, et de hasard aussi. The Great Mosdiem doit pouvoir aligner les étoiles. Il doit:

«Put the rabbit in the hat, put the hat on the table, take the hat from the table and pull out a cat.».

La magie doit opérer sinon un plus jeune, plus fou, prendra ta place pour faire danser les boogaloos.

La pointe de l’iceberg qui ressort au loin pourrait abîmer au passage le navire de pirate de The Steady Swagger. Leurs deux premiers albums ont fait tourner les têtes. Le Québec a vite adopté les manières impropres et malfamées de ces jeunes gaillards aux cordes vocales rauques. Ces nomades modernes, tout à fait redevables des bûcherons québécois sans les muscles, se sont fait aller la troupe d’est en ouest, et ils font jaser de l’Australie à l’Italie, de Paris à la Gaspésie. Pour ne pas stagner la conquête d’un territoire toujours plus vaste doit s’étendre avec la venue de ce troisième album. Quand on n’avance pas on recule comme disait l’autre. Je ne sais plus qui, mais ça doit être vrai.

Rassurez-vous, les fondations du navire sont solides, et les fans nombreux. Ils sont partout, tapant du pied au rythme de la mesure telle une armée de gypsies voulant rétablir l’harmonie et la paix mondiale par la danse et le chant. Le sacrifice shamaniste. Le partage de sueur entre frères et soeurs dans le pit en avant de la scène. Tous égaux dans leur rêve et aspirations. Les feux d’artifice qui sacralisent un moment et arrêtent le temps. Les rires aux éclats et les sourires qui se multiplient. L’amour. Celui qui ne se termine jamais. Toujours à la recherche du temps perdu, d’émotions fortes et de sensations extrêmes. L’ultime société des spectacles de la décadence. Le festin orgiaque de nymphes sur la place publique en l’honneur de Dionysos. Le plus grand banquet. La fête à tout prix.

Mais les Swagger surprennent et se transforment. Ils sont maintenant ailleurs. Ils ont depuis longtemps réalisé que les préparatifs avant la fête étaient une charge sérieuse et une responsabilité qu’on ne peut prendre à la légère. Les shooters de rhum coulent toujours à flot mais les gars prennent maintenant la peine de s’hydrater entre chacun. Les sonorités plus crasses de leurs premiers efforts se polissent, se raffermissent et sont davantage distinctives d’un groupe d’artiste qui maîtrise de plus en plus son art avec maturité. Alors que la scène folk-sale était à son comble il y a deux ou trois ans, mais qu’on peinait parfois à différencier un groupe d’un autre; Mat, Pi et Sergio partent maintenant seuls de leur côté vers des harmonies et des rythmiques qui semblent jusque-là n’avoir jamais été exploitées dans ce style de musique. Les chansons sur Vol. III s’éloignent de Tom Waits pour côtoyer davantage Nick Cave. Elle sortent des tavernes sombres pour aller faire une tour au musée. On s’intellectualise. On raconte des histoires. On réfléchit avant de chanter pour perfectionner la danse. On s’éloigne aussi de Gogol Bordello pour aller vers le Barbershop singing (!?!), moins de Primus plus de Beach Boys. Moins de Folk, plus de Prog. Moins de Punk plus de Surf-Rockabilly.

The Steady Swagger nous convie à assister à une réelle évolution de leur travail créatif avec ce troisième album. Le trio montréalais réussit toujours à faire shaker de la patte et lever le coude d’un bout à l’autre de l’album et du monde, mais il le fait maintenant avec une plus grande classe. On fait la fête aussi intensément qu’avant mais on renverse un peu moins de bière sur les planchers au passage. Leur soudaine propreté se qualifie par une complexité franche et assumée, parfois assez lourde, mais qui saura assurément percer un marché commercial plus généraliste. Nous sommes encore très loin des Lost Fingers, rassurez-vous, les Steady Swagger ont toujours beaucoup de difficulté à se coucher avant que le soleil se lève. Pas sûr que les matantes pourront suivre la parade.

Meilleures pièces

1) Home – très accrocheur, rappelle le prog 70’s de King Crimson et Genesis.

2) Zodiac – pourrait devenir un hit international demain matin, Aurait pu se retrouver sur une compil Big Shiny Tunes ou Vans Warped Tour.

3) Bush Pilot – Cette chanson sonne très punk-artsy des années 80’s à la Nick Cave, XTC ou Television. Surprenant et génial.

Texte: David Atman