Týr @ Théâtre Corona, 07.05.2018

La venue de Týr en Amérique était un évènement que j’attendais depuis longtemps, et lorsque la formation féroïenne a annoncé en février dernier qu’elle effectuerait sa tournée nord-américaine accompagnée de Aeternam, il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre d’assister à ce qui serait une excellente soirée au Théâtre Corona. Les groupes Orphaned Land et Ghost Ship Octavius étaient également de la partie pour un spectacle aussi diversifié que divertissant.

Une ouverture mélodique

La soirée débute tranquillement avec Ghost Ship Octavius, originaire de Seattle aux États-Unis. Le groupe, qui compte un album à son actif, ouvre le bal avec un métal mélodique et progressif. Le chanteur Adon Fanion offre un clean vocal très intéressant, mais pour lequel, à mon avis, le son ne fait vraiment pas justice. J’entends leur musique pour la première fois, et le rythme est à la fois entraînant, envoutant et très bien structuré. Visuellement, toutefois, le groupe semble particulièrement désynchronisé sur scène ; le lead guitariste est presque immobile tandis que le chanteur bouge beaucoup, mettant ainsi sa très longue chevelure en valeur, et le bassiste se situe juste entre les deux. Adon Fanion mentionne d’ailleurs que les membres du groupe ne jouent qu’avec quatre heures de sommeil dans le corps. – Ceci explique cela. – Quoique leur performance m’ait semblé plutôt moyenne, leur musique fortement influencée par Nevermore me plait énormément, et si j’espère voir le groupe améliorer sa présence sur scène à l’avenir, j’attends déjà la parution de leur deuxième album.

Combattre la grippe sur scène

Tout juste avant que Aeternam entame son spectacle, j’apprends que le chanteur Achraf Loudiy est malade et qu’il souffre d’une extinction de voix. Je suis vraiment déçu, mais mon malheur sera de bien coute durée. Dès que le groupe entre en scène, ça sonne comme une tonne de brique. Pour un gars grippé, Achraf se met rapidement à faire des growls, et offre une superbe présence sur scène. C’est le batteur Antoine Guertin qui se chargera des clean vocals pour la soirée, et vraiment, tout sonne très bien malgré tout. On n’aurait jamais deviné que quelqu’un était malade, et leur musique buche autant qu’elle le devrait. Ça, c’est du vrai dévouement! C’était la première fois que je les voyais depuis plusieurs années, et j’ai été ravie par la présence de scène de chacun des membres, qui étaient corps et âme dans leur performance. Ils ont joué, entres autres, Praetor Of Mercury, Esoteric Formulae, Hubal, Profaner Of Light et ont reçu un accueil chaleureux de la part de leur public montréalais. La foule a scandé leur nom alors qu’ils annonçaient leur dernière chanson. Ils ont performé une très courte demi-heure, mais j’en aurais pris bien plus!

Une bonne surprise

Les Israéliens d’Orphaned Land poursuivent les festivités, et d’emblée, ils m’impressionnent. Je connais à peine la formation, ayant entendu seulement deux ou trois de leurs chansons, mais dès le début je suis accroché. Le chanteur Kobi Farhi dégage un charisme surprenant, un peu bohème et sympathique, et il possède une gestuelle orientale qui lui est propre. Le groupe, qui faisait la promotion de leur dernier opus Unsung Prophets & Dead Messiahs sortie plus tôt en 2018, offre un métal folk et progressif aux sonorités mésopotamiennes qui me rappelle Melechesh. La foule est facilement animée par leur musique, comme, par exemple, durant la chanson I do not resist, ou l’assistance tapote dans leurs mains à chacun des nombreux signaux du chanteur. À l’image de Aeternam avant eux, le groupe est vivant et actif sur scène, et ils transmettent une belle d’énergie aux spectateurs ; le bassiste Uri Zelcha n’a jamais arrêté de headbagner, le guitariste Chen Balbus était vraiment tout sourire et est visiblement ravie de la réception qui était réservée à son groupe. Le guitariste Idan Amsalem était probablement le membre le plus effacé sur scène, mais il a tout de même brillé durant quelques solos, comme pendant la pièce Resistance. Au moment de commencer leur dernière chanson, Kobi Farhi fait une petite Ode au métal, racontant que bien que les membres du groupe proviennent d’un endroit d’où tout le monde est un ennemi, la musique de Orphaned Land réussit à réunir les gens, sans allusions à la politique ou la religion, mais seulement à l’aide du heavy métal. J’ai particulièrement aimé les mots de la fin, avec l’idée que nous sommes tous égaux lorsqu’un est animé par un intérêt commun. Orphaned Land a offert une performance excellente en tout point, et a levé la barre vraiment haute pour ce qui allait suivre.

Une baisse d’énergie notoire

Au moment ou Týr s’apprête a commencé sa prestation, le parterre du Théâtre Corona est rempli. Le groupe entame sa performance avec Blood of Heroes, mais dès le début, la différence entre Týr et les formations précédentes est manifeste ; Ils sont beaucoup plus statiques et moins énergiques sur scène. Je suis contente de les voir, mais il y a une certaine magie qui n’opère pas. Ça n’empêche aucunement un mosh pit de taille appréciable d’émergé parmi les plus enthousiastes. Cependant en ce qui me concerne, je ressens un manque d’énergie, et ça me rappelle les propos de Ghost Ship Octavius qui avait indiqué n’avoir dormi que quatre heures la veille… Est-ce aussi le cas pour Týr? À l’exception notable du bassiste Gunnar Thomsen qui était enthousiaste et souriant à souhait, les autres musiciens semblaient fatigués et avaient l’air de faire le strict minimum dicté par la soirée. J’aime vraiment beaucoup Týr et j’étais heureuse de les entendre jouer leurs meilleurs succès, tel que The Lay of Thrym, Flames of the Free, By the Sword in My Hand, Hold the Heathen Hammer High, mais force était de constaté que le groupe n’a pas donné son 100 % sur scène lundi soir, et j’en suis sortie déçu. Les chansons énergiques tombaient un peu à plat, ce qui est malheureux, considérant qu’ils produisent une musique hyper entraînante. S’il est certain que je vais me procurer leur prochain album (qui devrait sortir dans un avenir rapproché), je suis un peu mitigé à savoir si je vais les revoir en spectacle ; certains groupes sont meilleurs en studio qu’en concert.

Malgré des performances un peu inégales, je suis tout de même ravie de ma soirée au Corona. Orphaned Land ainsi que Aeternam, en dépit du souci de voix de Achraf Loudiy, ont vraiment volé la vedette, et Ghost Ship Octavius fut une belle découverte musicale pour laquelle il me tarde d’en entendre plus.

Texte: Isabelle Sullivan

Photos: Helene Dickey