Entrevue avec David Atman (festival LA TRACE)

Dans le marasme saturé des festivals estivaux subventionnés et sur-commandités, quelques irréductibles font le pari de l’indépendance, de la diversité et de la découverte. Rencontre avec David, fondateur et programmateur du festival LA TRACE, dont la première édition se tiendra fin août à Sorel.

1/L’été est déjà surchargé en festivals divers et variés. Pourquoi en créer un de plus?

Je crois que c’est surtout vrai dans la métropole, mais qu’on fait face à une tout autre réalité dès qu’on fait plus de 50 kilomètres à l’extérieur des ponts. Il y a beaucoup de populations à Sorel, mais, je pense, aussi à d’autres villes dans lesquelles j’ai travaillé comme Joliette ou Rawdon, et c’est tout le contraire de ce qu’on pourrait croire, il ne s’y passe pas grand-chose. Ce qui s’y déroule en matière de Rock est bien souvent organisé par une poignée de combattants sans budget. Alors que chacune de ces municipalités reçoit une grosse enveloppe pour organiser leur festival estival ou pour faire rouler leur maison de la culture, les amateurs de rock n’ont que des miettes à se mettre sous la dent.

C’est bien les festivals subventionnés ça donne du travail à beaucoup de monde, et j’y participe le plus souvent possible, mais on a souvent droit à des programmations sans saveur pour plaire à la masse, et au final même la masse à de la misère à s’y retrouver.

Pour l’organisation de la première édition de LA TRACE nous nous sommes évidemment assuré de ne pas empiéter sur les dates des autres événements des villes voisines, c’est le minimum à faire pour ne pas se tirer dans le pied. À Sorel et dans toute la région, il y avait un trou béant en ce qui a trait au Punk et au Métal et j’ai eu envie d’essayer de le combler.

2 /C’est important pour toi, l’envie de faire vivre musicalement les villes en région?

C’est plus qu’essentiel. Je pense même que c’est le nerf de la guerre. Tous les musiciens savent de toute façon que les meilleurs publics sont en région. Le public des grandes villes est blasé d’avoir tout vu et tout entendu. C’est devenu très difficile de le surprendre, ou ne serait-ce que d’attirer son attention. Il est surchargé d’offres culturelles, et semblerait que trop ce n’est comme pas assez.

Je pense aussi que c’est doublement important au Québec, dans une vaste province, peu populeuse, c’est une façon d’occuper notre territoire de la même manière que les premiers colons. Le procédé s’est un peu transformé, mais dans les faits c’est pareil comme l’évangélisation, on plante notre croix et on tente de partager la bonne parole sur un territoire précis. Mais Sorel ce n’est pas Havre St -Pierre non plus, et le festival a lieu au Pub O’Callaghan en plein centre-ville. Lorsque je travaillais sur le festival Gabstock qui avait lieu dans le fin fond du bois à Rawdon à 15 minutes de voiture de tout être humain, là les problèmes d’approvisionnements et de déplacements étaient bien réels, mais dans ce cas-ci le pari me semble déjà beaucoup moins risqué.

3 /As tu l’ambition de «recoloniser» une région perdue? Est-ce une croisade???

On pourrait peut-être dire ça. On essaie tous de faire notre petite place dans le milieu. Plus précisément, c’est que je tente de remplacer la place laissée vacante suite à la mort de Hangover Productions, la compagnie gérée par Ced Francoeur, l’homme derrière la plupart des événements dits alternatifs à Sorel dans les dernières années. J’ai eu envie d’impliquer le plus de Sorelois possible dans l’aventure, et je me sens honoré qu’il ait accepté de collaborer au festival pour le concert du 25 août avec Boundaries. C’est sous le nom de Half-Dead Booking que cette soirée sera présentée, mais il s’agit bel et bien de la résurrection de Hangover à Sorel le temps d’une soirée.

4 /Est ce ton ambition «terroir» qui a influencé la programmation?

Si par terroir tu veux dire francophone, alors oui. Dans toutes mes programmations, et peu importe la ville, j’insiste pour avoir une grande place pour la musique d’ici faite en français. D’ailleurs le groupe Rock N Roll Television offrira tout spécialement une performance francophone créée pour le dernier Pouzza Fest et répétée au Festival La Trace en ouverture de 2Stone2Skank le 31 août. C’est ma façon toute personnelle de faire perdurer la langue et la culture française en Amérique du Nord. Personne n’a à avoir honte de ses origines. De plus en plus, je refuse de négocier des concerts à Montréal en anglais. Évidemment, personne n’en voudra à Ten Foot Pole venu directement de Californie de chanter en anglais, mais lorsque j’essaie d’organiser des événements à Montréal et qu’on me répond en anglais, je revire de bord sans rien ajouter. Je n’ai rien contre ceux qui veulent jouer à ce jeu, mais mes convictions politiques sont tout aussi importantes et vitales que mon amour de la musique, et je préfère m’abstenir que de me trahir.

5 /Considères -tu que LA TRACE est un festival engagé?

Non. Même si GrimSkunk, Mononc Serge et plusieurs autres groupes sur le festival possèdent des chansons engagées je ne pourrais pas affirmer que le festival sera présenté dans un but d’engagement social ou politique. J’aurais vraiment aimé ça pouvoir l’affirmer, mais ce n’est pas le cas. Ça sera peut-être la prochaine étape, mais pour l’instant tout ce que je souhaitais c’était de faire vibrer la ville au son du rock, du punk, du ska et du métal, et en français si possible. Je voulais aussi donner une belle opportunité aux groupes du coin de partager la scène avec des noms reconnus. Disons que j’organise le festival pour effectivement m’engager socialement dans la collectivité, mais les groupes qui y participent n’ont peut-être pas cette vision et je ne leur en tiens pas rigueur.

6 /Tu es allé chercher des grands noms reconnus du rock québécois, mais tu laisses une belle place à la scène émergente. Est-ce le mélange que tu souhaites? Un peu défricheur de talents?

Tout à fait. C’est un peu le mandat que je me donne, mais d’un autre côté les groupes émergents se font plutôt rares dans la région. J’ai aussi tenté de créer une programmation qui permettrait à ces quelques groupes de monter sur scène lors d’un spectacle cohérent qui leur donnerait une belle visibilité et une expérience de show professionnel. Disons que ce festival bonifiera les dossiers de presse de tous les participants, c’est déjà ça.

7 /Un petit coup de cœur à nous suggérer?

J’ai particulièrement hâte d’entendre le groupe Primes, des gars du coin qui font du punk depuis trois décennies, leur ancien projet s’appelait Sprained Ankle et c’était, à ce que j’ai compris, des légendes locales, ça risque d’être une soirée très nostalgique pour tous les punkeux sorelois aux cheveux grisonnants.

 

Propos recueillis par Marien Joly.

Photo par cedphotography.ca

Festival LA TRACE, 24/25 août, 31 août, 1/2 septembre

Billets disponibles en ligne sur lepointdevente.com