Godflesh @ l’Astral, 20.08.2018

Une visite fortement attendue

Croyez-le ou non je suis fan de Godflesh depuis 1992 et je n’avais jamais eu la chance de voir une de leurs prestations en sol québécois jusqu’à ce jour. Il faut tout de même savoir qu’ils ne sont venus ici que trois fois seulement depuis la parution de leur album fétiche et culte Streetcleaner en 1989. Une toute première visite en 1991 aux foufounes électriques dans le cadre de la tournée Grindcrusher. Ils ne reviendront qu’en 2015 au National pour la tournée de A world lit on fire que je n’avais pu assister. Alors il aurait fallu un cataclysme pour m’empêcher d’enfin apprécier Godflesh devant mes yeux ébahis ainsi que de me laisser transporter avec plusieurs dizaines de fans avides des quatre coins du Québec.

Quand l’aspect financier plonge ses griffes dans l’accessibilité artistique

Au niveau organisationnel, il y eut quelques mauvais trucs qui se sont déroulés que je vais omettre de relater ici. La résultante étant que nous avons dû finalement nous déplacer à la Salla Rossa au lieu de l’Astral, qui selon moi aurait dû être la salle de choix pour ce concert pour une foule de raisons. Notez ici que j’adore la Salla Rossa pour y avoir découvert des dizaines de formations depuis environ 25 ans déjà.

La soirée débute donc avec un peu de retard. This Quiet Army, formation montréalaise constituée d’un seul membre, Eric Quach, musicien que j’ai connu à la fin des années 90 alors qu’il œuvrait au sein de la formation Destroy all dreamers. This Quiet Army donne dans le noise, «post-rock-esque» avec utilisation de fresques cinématographiques en arrière-plan tout comme ses confrères musicaux montréalais Godspeed you! Black Emperor. Une prestation à la hauteur de mes attentes, somme toute assez planante et éthérée, avec toutefois quelques passages plus denses et intenses. Nous avons droit à des titres d’une bonne durée qui accentuent le plaisir de se laisser flotter vers d’autres lieux. D’Ailleurs tout comme moi, plusieurs auditeurs se laissèrent dériver, au gré de l’effervescence emplissant la salle, et, ce les yeux fermés afin de mieux absorber ces offrandes quasi spirituelles invitantes. La majorité des âmes présentes semblent apprécier la prestation.

Ensuite vint une attente un peu indésirée et lourde. Rien ne se passe sur le «stage». J’en profite pour entamer une discussion avec un collègue photographe d’un autre média. Enfin les complices de tant d’années Justin Broadrick ainsi que B.C Green arrivent avec leur équipement léger, aucun artifice. Il faut dire qu’ils voyagent en avion et c’est dispendieux. Le seul ajout étant l’écran en arrière-plan qui affiche la fameuse croix de l’album Streetcleaner de 1989, album culte de la formation et un incontournable du métal industriel.

Le tout débute avec Anything is mine de l’album Selfless paru en 1994. Je suis déjà conquis et j’ai du mal à croire que je vois enfin Godflesh! Le son est bon tout va bien, je suis fou comme un balai. Ensuite ils s’empressent de nous jouer la pièce Messiah du EP du même nom. Les gens semblent très heureux. Un fan d’une cinquantaine d’années me raconte leur prestation aux Foufs de 1991, et j’en profite pour lui parler de mon expérience de voir Skinny Puppy à la tournée Cleanse Fold and Manipulate à Toronto, au concert Hall.

Ils enchainent ensuite avec Merciless la pièce titre du EP du même nom. La performance est chirurgicale et je suis très impressionné par la justesse et la qualité des vocaux de Justin. Monsieur Green est assez statique et concentré et introverti. La tâche de bouger, de s’exprimer ainsi que de s’adresser à la foule revient à monsieur Broadrick. Et il le fait très bien. Ensuite nous revenons à l’album Selfless l’excellente pièce Mantra. L’intensité y est, la réaction va des sourires assurément nostalgiques (j’en fais partie) et des élans dansants allant de pas saccadés aux poings agissants comme des marteaux afin de planter ce fameux clou invisible qui ne saurait s’enfoncer définitivement.

Et boum un gros bond de 24 ans nous ramène en 2018 avec 5 pièces consécutives de leur tout dernier rejeton Post Self! Cet album est tout simplement magistral et nous aurons comme festin les titres Post Self, Parasite, No Body, Mirror of Finite Light ainsi que Be God.Tous de très bon choix. Les visuels donnent beaucoup de profondeur à la prestation. Ensuite quelle belle surprise de nous offrir Spinebender, une pièce de leur tout premier album éponyme, bien entendu, Godflesh pour le plus grand plaisir des plus âgés dans la salle.

L’écran opte pour la fameuse croix de nouveau et je me prépare mentalement à me faire envahir par au moins un classique de Streetcleaner. Ils optent donc pour la fameuse et culte chanson de leur répertoire Like rats!!! La foule a soudainement une énergie nouvelle et le plaisir est tangible. Justin s’amuse a créer des effets de feedback avec sa guitare sur son ampli Marshall durant quelques moments pour ensuite nous anéantir avec la pièce Streetcleaner.

Les gens reconnaissent aisément les premières notes et se démènent chacun a leur façon afin de bien vivre ce moment privilégié que de voir Godflesh en sol montréalais.

Le seul bémol à cette excellente soirée fut certains problèmes techniques au niveau de l’alimentation électrique, des adaptateurs aux prises légèrement défectueuses, ainsi que le convertisseur de courant (euro-us) puisque Godflesh est une formation anglaise.

Une finale post-concert inattendue

Mais ce désagrément passager devint un «running gag» entre moi et Eric Quach (This Quiet Army) et aussi de Justin, car après la fin de la prestation, ne travaillant pas le lendemain, je pus avoir une belle et grande discussion avec lui au niveau équipement électronique pour les percussions et aussi de rire des mésaventures de la soirée. Ce fut très instructif et inspirant de pouvoir parler de ce que j’utilisais dans une autre vie au sein de mon projet Métal industriel lorsque j’étais un jeune adulte.

Ce fut une très belle opportunité pour moi. Je pus enfin mettre un crochet à côté de Godflesh et aussi pouvoir me dire que ce soir-là, je me suis fait un ami que j’admire depuis plusieurs années!

Salutations à Tristan, Eric, et aussi Jean-François (Jeff)!!!

Texte et photo: Martin Desbois

Setlist:

Anything Is Mine (selfless)

Messiah  (Messiah EP)

Merciless (Merciless EP)

Mantra (selfless)

Post Self   (post self)

Parasite    (post self)

No Body (post self)

Mirror of Finite Light  (post self)

Be God     (post self)

Spinebender   (Godflesh Eponyme)

Like Rats   (streetcleaner)

Streetcleaner  (streetcleaner)