Le Festif de Baie-Saint-Paul 2017

Le ciel grisonnant fait craindre le pire. Les éclairs traversent les voitures. Histoire vraie de JP des QRBP en vacance dans la région. L’apocalypse tombera bientôt sous forme liquide. Comme une fatalité qui s’abat sur les Gaulois. Et puis, de cet énorme cumulus sombre et menaçant s’est déversé un shooter de gouttes, à peine assez pour humidifier l’asphalte qui me restait à dévaler. Suis l’arc-en-ciel que les pancartes disaient. J’étais d’ailleurs un peu rushé, j’étais en train de manquer le premier concert du festival; Richard Séguin. Personnage mythique de notre musicalité francophone qu’on tend malheureusement à oublier dans nos livres d’histoire contemporains. Merveilleuse idée, toute en sobriété pour débuter un festival dont l’esprit, au fond, se résume à la paix et l’harmonie.

La pluie n’aura fait que peu de dommages. Elle aura retardé d’une vingtaine de minutes le déroulement des concerts sur la scène principale où l’on attendait Valaire et Caravan Palace. Le groupe français a fait bouger une large foule avec une performance, ma foi, tout à fait exceptionnelle. Le groupe utilise une instrumentation inhabituelle pour les spectacles électroniques, soit le violon, la contrebasse et le vibraphone. Le mélange des styles de musique du monde et de son plus analogique est tout à fait original et dans l’esprit du Festif. Les festivités étaient bel et bien entamées et annonçaient une fin de semaine mémorable. Plusieurs artistes allaient s’enchaîner sur les différentes scènes qui arpentent maintenant le centre-ville de Baie St-Paul; Antoine Corriveau, Chocolat et Weaves allaient continuer à enflammer la ville jusqu’à 2 h du matin pour terminer ce jeudi. Mon choix s’est plutôt arrêté sur les rappers de Loco Locass qui, sous le chapiteau, allaient déclamer leurs vers patriotiques à un public conquis d’avance. Les Loco Locass, après toutes ces années, n’ont rien perdus de leur énergie, de leur ferveur, ni de leur pertinence. Superbe performance avec d’ailleurs une reprise acapella de Georges Brassens.

La journée de vendredi débuta dès midi avec grand fracas sur le quai avec la performance solo de LJ Cormier, à une vingtaine de minutes de marche du centre vital du festival. Beaucoup étaient au rendez-vous. La pluie est venue ternir à peine deux ou trois chansons, mais sinon le spectacle en fut un de très captivant. La formule en solo profite bien à l’auteur-compositeur. Le peu d’instrumentation permet de laisser beaucoup de place à la poésie si bien fignolée de l’ex-Karkwa. Le public, tout autant que l’interprète, se sont énormément amusés. Louis-Jean a pris son temps. Il a amplement discuté avec la foule en faisait référence aux improvisations qu’il pouvait se permettre aujourd’hui. Une odeur de liberté émanait de la scène, un feeling de Woodstock sur le mush comme il se plaisait si bien à le dire lui-même.

Après un moment à profiter de la plage de Baie St-Paul, d’avoir croisé Xavier Rudd en bédaine sur le coin d’une rue et casser la croûte sous la musique du Lemon Bucket Orchestra, des sons discordants nous mènent vers un spectacle de l’artiste déjanté qu’est Violett Pi, sur le balcon du presbytère. Un spectacle surprise avec une sono un peu déficiente, mais non moins un moment fort agréable. Martha Wainwright allait par la suite prendre possession de la toute nouvelle scène Radio-Canada de l’autre côté de la rue. Performance un peu statique de la grande dame de la chanson. Son interprétation de Le cœur est un oiseau de Richard Desjardins a incroyablement enflammé la foule, mais sans plus. Autant ses chansons que ses histoires n’ont pas réussi à me charmer, moi qui pourtant ne demandais qu’à l’être.

C’est alors que les rues de Baie St-Paul se sont mises à fourmiller de populations. L’événement le plus attendu du festival s’apprêtait à débuter. Les hippies étaient partout. L’on peut calculer le succès d’un festival de musique par le nombre de personnes avec des dreads. Ce vendredi soir allait certainement être réussi.

Je dois admettre être un peu surpris du choix des premières parties en Laura Savage et Plants and Animals, alors que Tintamarre et les Chiens de Ruelle étaient sur place et m’aurait semblé être un choix plus judicieux pour réchauffer la foule pour Xavier Rudd. On peut critiquer autant que l’on veut, mais des conjonctures internes ou techniques expliquent parfois certaines décisions plus douteuses. Peu importe, l’Australien s’est présenté sur scène avec un batteur et un DJ/claviériste d’exception pour livrer une performance quasi parfaite. En multi-instrumentiste émérite, Rudd a touché droit au cœur un parterre à guichets fermés sous un ciel étoilé tout à fait radieux. Quoique la deuxième moitié du spectacle fut légèrement moins envoûtante, ce spectacle restera, pour plusieurs, l’événement le plus exceptionnel de toute l’histoire du Festif. La barre est haute pour Daniel Bélanger demain, et encore plus haute pour les éditions prochaines du festival. La soirée s’est terminée pour ma part avec les Dales Hawerchuck et Xavier Caféine au sous-sol de l’église, qui ont chacun donné de fortes performances.

Il faudrait par contre peut-être revoir un peu la déco de cette salle paroissiale. La croix en fond de scène donne beaucoup de cachet au visuel de la scène, mais les plafonds suspendus et les murs blancs viennent un peu nuire à l’expérience rock n’ roll du festivalier.

Les esprits de Baie St-Paul se sont réveillés samedi matin au son de Rêver mieux. Daniel Bélanger est en plein test de son et toute la ville est muette devant ce songe lucide. La plus belle sonnerie de cadran au monde amène le soleil brillant qui réchauffe la nuit frisquette que les milliers de campeurs viennent de subir. Les bières se débouchent à l’unisson. Les tentes raisonnent de systèmes de son qui crachent du Adamus, du QRBP ou du Sublime. L’ambiance est festive, l’expérience humaine, les sourires sont partout et le soleil est chaud. La journée s’annonce longue en émotion, Klo Pelgag, Adamus, Lisa Leblanc, Lydia Képinski, Groovy Aardvark et Voivod sont aussi de la grande fête menée par Bélanger.

Le Festif se terminera tard. Le festin des Gaulois sera large. Le public en redemandera encore plus, et les organisateurs devront livrer l’an prochain avec Jean Leloup (souhait).

Nouvelle venue chez Bonsound, Lydia Képinski se présente sur la scène en fin d’après-midi. Elle fait partie de la programmation de plusieurs grands festivals de la province. Je m’étais donné le mandat de ne jamais écouter son matériel en studio avant de la voir en concert. N’ayant donc aucune idée de ce qui m’attendait, j’ai eu droit à un spectacle qui m’a laissé assez indifférent. Électro, un peu rock, un peu folk, pas toujours chanté sur la bonne note, sa reprise de Daniel Bélanger n’avait pas non plus le cachet escompté. Concert un peu fade tout juste avant les Renard Blanc qui tout au contraire ont donné un incroyable spectacle devant un public qui diminuait à vue d’œil, car Vincent Vallière venait d’annoncer un concert surprise. Malgré tout, les Renard Blanc ont su captiver un public friand de nouveauté musicale et certainement, ont su se faire de nouveaux adeptes.

La dernière soirée du festival pouvait alors débuter avec Bernard Adamus, qui fidèle à lui-même, enchaîna les succès de ces trois albums avant de laisser sa place à Lisa Leblanc. Cette dernière fit de même, passant du français à l’anglais, devant une foule en liesse. La balade Kraft Dinner lui a valu de recevoir une brassière par la tête, semblerait que ce soit la première brassière a être lancé sur la scène lors du festival, par contre, gageons que ce n’est certainement pas la première brassière à être dégrafée lors de la fin de semaine. Pendant que Lisa Leblanc, et le public s’époumonaient en chantant Ma vie c’est de la marde, les légendes Voivod envahissaient le sous-sol de l’église avec leur horde de métalleux. Le concert très attendu fut tout à fait exceptionnel. L’ambiance était pesante, et la performance sans anicroche. Un grand moment de rock lourd nous a été proposé par les vétérans de la scène Métal québécoise qui n’ont absolument rien à envier à quelconques autres groupes sur la planète. Daniel Bélanger allait prendre la relève sur la grande scène extérieure lors d’un événement absolument magique. Attendu par environ 20 000 personnes l’auteur-compositeur s’est présenté sur scène sous une pluie d’applaudissements bien sentie. Le public a chanté tous les mots de notre plus grand troubadour durant les deux heures du spectacle. C’est sous les étoiles, dans un spoutnik, que les vingt et quelque mille personnes ont cessé, pour un bref instant, de se sentir seul. Seul ensemble.

C’est le mandat premier de tout festival. Réunir ceux qui pensent pareil. Réunir ceux qui souhaitent la même chose; l’Art. La fête. Le plaisir. Et la communion. Le mandat du Festif a été accompli. Nous ne reviendrons plus jamais en arrière. Ce que le public a vécu durant cette fin de semaine, les Xavier Rudd et ses mantras, les Bélanger et ses mantras, les Loco et leurs mantras. Une nouvelle religion est née. On s’engage dans un nouveau contrat social. Rendez-vous dans un an.

Texte: David Atman

Photo: Caroline Perron