Iced Earth @ Théâtre Corona, 25.03.2018

Après leur passage à Québec, Iced Earth s’est arrêté à Montréal dimanche dernier dans le cadre de la tournée promotionnelle de leur plus récent opus Incorruptible. La tête d’affiche, qui était soutenue par Kill Ritual ainsi que par Sanctuary, a offert à l’assistance du Corona une soirée d’une solidité exceptionnelle.

Alors que le premier groupe ne devait, en théorie, commencer que vers 19:30, au moment de mon arrivée à la salle de spectacle Kill Ritual avait déjà entamé sa performance, nous prenant tous un peu par surprise. Je ne connaissais pas la formation californienne, mais pour ce que j’en ai vu, je ne peux pas dire que j’ai été impressionné. Le groupe nous a offert un thrash métal plutôt générique et leur prestation sur scène m’a semblé un peu forcée. On pouvait distinguer de façon manifeste le désir de bien performer chez les membres, le chanteur David Reed Watson a même été jusqu’à se promener au parterre dans la foule durant l’une de leur pièce… mais en ce qui me concerne, la magie n’a pas opéré. Dommage.

Une tournée en hommage à Warrel Dane

Sanctuary était la seconde performance de la soirée, et j’étais curieuse de les entendre, particulièrement après la tragédie qui les a frappées en décembre 2017. En effet, le groupe originaire de Seattle a perdu son chanteur Warrel Dane, qui est décédé des suites d’une crise cardiaque alors qu’il se trouvait au Brésil. Il s’agit d’une nouvelle qui m’avait profondément attristé puisque Dane était l’un de mes artistes préférés, que ce soit avec Sanctuary, son ancien groupe Nevermore, ou bien encore sa carrière solo, pour lequel il était d’ailleurs en train d’enregistrer son second album. La tournée de Sanctuary s’est donc transformée en un hommage à leur chanteur disparu. Si cette tragédie n’avait pas eu lieu, je me serais tout de même demandé de quoi aurait eu l’air la performance du groupe, puisque, de son propre aveu, Warrel Dane ne pouvait plus chanter les notes haut perchées qui caractérisent leurs deux premiers albums, sortis en 1988 et 1990 respectivement.

Sanctuary a su trouver un digne remplaçant en la personne de Joseph Michael, le vocaliste du groupe Witherfall (dans lequel participe également Jake Dreyer, le lead guitariste de Iced Earth). J’ai été impressionner par sa capacité à imiter le registre de Dane, particulièrement son timbre de voix profond comme durant les chansons Frozen ou The Mirror Black. Cependant, le chant plus aigu semblait être le point fort de Michael, et peut-être qu’il s’agit de la raison pour laquelle le groupe a priorisé les deux premiers albums durant leur programmation. Sanctuary a interprété quatre morceaux provenant de Into the Mirror Black, trois de Refuge Denied, et seulement deux de leur plus récent opus The Year the Sun Died, paru en 2014. La formation de old school heavy métal a donné une bonne performance dans l’ensemble, malgré ce qui a dû être une préparation de tournée chaotique et assez émotionnelle.

Vient ensuite le moment tant attendu du spectacle de Iced Earth. Alors que les musiciens s’apprêtent à monter sur scène, on constate que l’assistance est devenue très dense dans la salle. Comme décors, le groupe possède une immense bannière portant leur nom, mais l’imagerie en dessous est assez cachée par une imposante cage de fer qui surplombe la batterie. Sur le coup, ça m’a semblé un peu étrange, mais très vite on remarque que c’est un accessoire qui (en plus de supporter les cymbales) sera utilisé à plusieurs reprises pour donner de la dimension à la scène. Par exemple, au moment de chanter Black Flag, Stu Block se hisse sur la cage comme s’il s’agissait du mât d’un bateau, apportant à la performance un aspect très théâtral.

Iced Earth était en tournée afin de faire la promotion d’Incorruptible, paru en 2017, et forcément nous avons eu droit à un nombre prédominant de morceaux provenant de cet album. Le groupe, qui cumule déjà plus de 30 années de carrière, a toutefois pigé dans plusieurs albums différents afin de satisfaire leurs admirateurs. Ils ont joué plusieurs classiques, dont Dystopia, Seven Headed Whore, I Died for You et Raven Wing.

Une présence scénique à couper le souffle

Bien que je sois une fan de Iced Earth depuis plusieurs années, il s’agissait de la première fois que je les voyais en spectacle, et j’ai été frappé de constater à quel point les membres sont des bêtes de scène. Stu Block n’a jamais cessé d’interagir avec la foule, soit en nous parlant, en nous offrant le microphone pour nous faire chanter, ou encore en nous incitant à taper dans nos mains ou à crier. Et que dire de son impeccable performance! Les musiciens étaient également remarquables avec leur jeu parfaitement synchronisé. On a pu observer à plusieurs reprises Stu Block, le bassiste Luke Appleton ainsi que le guitariste Jon Scheffer reculer et tournée le dos à la scène de façon à mettre de l’avant le jeu du guitariste Jake Dreyer durant l’un de ses magnifiques solos. De la même façon, les projecteurs se sont tournés sur Jon Scheffer durant son interprétation de Stormrider, l’une des pièces les plus agressives de la soirée. La foule, qui n’avait pourtant jamais été en reste, s’est vraiment soulevée à ce moment. Le spectacle s’est terminé avec en beauté avec Watching Over Me, jouer en hommage à Warrel Dane, que Stu Block, tel un chef d’orchestre, nous a fait chanter en chœur.

Décidément, il s’agit de l’un de ces excellents spectacles qui, une fois finis, nous laissent comblés et heureux. Iced Earth m’a surpris par son dynamisme sur scène et Stu Block a bien su tirer son épingle du jeu en s’appropriant avec brio les chansons de son prédécesseur, Matt Barlow. Le groupe nous a offert une prestation extraordinaire, et il me tarde déjà de les revoir en spectacle lors de leur prochain passage dans la belle province.

Texte: Isabelle Sullivan

Photos: Martine Labonté