Judas Priest @ Ottawa, 25.03.2018

Une grosse tournée de groupes classiques et cultes du heavy métal traditionnel passait dimanche soir par le Canada mais ne se rendait malheureusement pas dans notre belle province. Fans comme je suis du groupe en tête d’affiche, il n’en fallait pas plus pour que je roule jusqu’à Ottawa pour l’occasion. J’en vois déjà se demander qui peut bien être Black Star Riders. J’ai parlé de groupes cultes et beaucoup de vous n’ont jamais entendu parler d’eux. Si c’est un peu normal, il ne manque pas de grosses pointures dans leur alignement. Le bassiste Robbie Crane, qui a notamment joué sur les deux premiers disques solos de Vince Neil, dans Ratt et Lynch Mob. Le guitariste Damon Johnson qui a entre autres accompagné Alice Cooper et Sammy Hagar. Le guitariste Scott Gorham qui est connue pour les grandes années de Thin Lizzy et le chanteur de The Almighty Ricky Warwick, qui est aussi le plus récent chanteur de … Thin Lizzy. Vous l’aurez vite compris, ce super-groupe s’est formé sur les cendres de la plus récente formation de ces derniers qui ont voulu composer du nouveau matériel sans offusquer la mémoire du groupe irlandais. J’aurais justement pensé que plusieurs chansons de TL se seraient insérées dans le setlist, mais il n’y aura que Jailbreak qui aura cet honneur. De loin le meilleur moment de leur spectacle. Pas qu’il n’y a pas de professionnalisme au cube ici, mais leurs compositions sont convenue et déjà mille fois entendu. Plein de bons musiciens ne font pas nécessairement un grand tout. Il n’en reste pas moins qu’ils ont bien réchauffé les planches pour les deux prestations monstrueuses qui vont suivre.

Même si je m’entendais à du bien pour la suite, je n’étais pas préparé à aussi bon. J’avais vu Saxon à leur dernière prestation à Montréal et si j’avais bien aimé, pour moi ce n’était qu’une sympathique soirée de la part d’une des plus importantes formations de la New Wave Of British Heavy Metal début des années ‘80. Peut-être énormément moins connue que des certains Iron Maiden, il n’en reste pas moins qu’ils sont dans les meilleurs bands encore actifs de ce mouvement qui est un peu tombé dans l’oubli. De les voir jouer dans un aréna, quoique que très rapetissé ce soir, m’a fait rendre compte à quel point ils devaient être impressionnant à voir dans leurs grandes années où ils faisaient de stades en Europe. Beaucoup revient au chanteur Biff Byford qui sait prendre une foule dans sa main. Encore plus impressionnant quand un groupe qui a autant de millage réussi à partir en grand avec la pièce titre de leur dernier disque intitulé Thunderbolt. C’est sûr que Power and the Glory qui date déjà de 1983 réveille encore plus son monde au point d’en faire chanter plusieurs. Si ce n’est que manque d’artifices sur scène et qu’une partie de la salle reste incrédule, l’on aurait pu se croire au clou de la soirée.

Presque tous les fans de métal sont interpellés quand ils nous annoncent qu’un de leurs nouveaux titres, They Played Rock and Roll, a été écrit en l’honneur de Motörhead. Quoi dire d’autre que les musiciens sont excellents tout comme le son et que l’énergie est encore au rendez-vous. Je dis souvent qu’il y a trop d’artistes qui devraient juste jeter l’éponge, aussi glorieux soit leur passé, tant ils font pitiés à voir aujourd’hui. Eux ce n’est clairement pas le cas. Et je suis persuadé que plusieurs individus se sont rappelé qui était ce groupe quand les classiques comme Wheels of Steel et Heavy Metal Thunder ont résonné dans leurs tympans vers la toute fin. Si vous ne les connaissez pas encore bien, aller écouter leur musique dans les sites de streaming légaux, du genre Spotify et Google Play Music, comme ils nous l’ont encouragé à le faire si l’on n’a pas déjà leurs disques.

Je suis un vrai admirateur de Judas Priest depuis que l’album Painkiller est venu à mes oreilles. Et depuis j’aime toutes leurs périodes et j’ai toujours pensé qu’ils étaient toujours une force en studio en sortant toujours des disques de qualités. Et oui, j’inclus là-dedans les deux de Tim « Ripper » Owens et le très expérimental (et sous-estimé) Nostradamu. C’est vous dire à quel point je les aime. Comme beaucoup, j’avais pensé que Redeemer of Souls (2014) était un grand retour à leur style classique. Il n’en restait pas moins que la tournée qui avait suivi ne m’avait pas épaté au point d’écrire une critique somme toute négative de leur spectacle à Montréal. Dans la même continuité, Firepower, sortie cette année, est aussi agréable à entendre que son prédécesseur. Je m’attendais juste encore à une déception scénique. Et c’est là que je me suis royalement trompé. L’arrêt forcé à la guitare de la part de Glenn Tipton à cause de la maladie du Parkinson ne pouvait que sonner la fin après la perte de K.K. Downing il y a quelques années. Aucun des deux pères des solos de guitare à deux n’était encore de la partie. Si l’arrivée de Richie Faulkner avait à l’inverse donné un nouveau souffle en live, le célèbre producteur Andy Sneap, qui a pris la place de l’autre guitariste, les a rendus encore plus pertinents que jamais.

Quoi de mieux que War Pigs de leur compère Black Sabbath pour nous mettre en bouche? C’est tellement puissant que j’ai l’impression que toute la foule connait déjà par chœur Firepower quand elle débute les hostilités. Le ton est donné et toute l’assistance se lève comme un seul homme sur Running Wild. Comme ils ont l’intention de revisiter une grande partie de leur répertoire, l’écran géant affiche la pochette de l’album duquel la prochaine pièce sera tirée et c’est une bonne idée pour faire monter l’excitation. Il est bien sûr évident que Rob Halford ne peut plus chanter aussi aigu qu’avant, mais la déception n’est vraiment flagrante que sur Painkiller car pour le reste, il s’arrange encore très bien. Si dû à son âge vénérable il ne peut pas bouger comme il le veut et doit souvent aller prendre des pauses dans le backstage, quand il nous parle il sait venir chercher notre fibre heavy métal. Les deux nouveaux guitaristes qui ont de lourdes chaussures à porter le font avec merveille et ont tellement l’air heureux d’être là que c’en est contagieux. Pour le reste, les classiques intemporels, le très bon son et le public complètement déchaînés rendent le moment encore plus magique. Grinder est toujours aussi pesante et Turbo Lover aussi quétaine qu’entrainante. Quoi demander de mieux qu’une finale aussi cool que Breaking The Law, Hell Bent For leather et Painkiller? Un rappel avec Electric Eye, Metal God, You’ve Got Another Thing Comin’ et Living After Midnight bien sûr! À entendre autant de personnes crier Priest, Priest, Priest à tue-tête à la toute fin, c’est clair qu’ils sont encore pertinents et qu’on croit encore facilement l’écran vidéo qui nous dit « The Priest will be back ».

Texte: Sébastien Léonard

Photos:

Liste des chansons :
Guardians
Firepower
Running Wild
Grinder
Sinner
The Ripper
Lightning Strike
Bloodstone
Saints in Hell
Turbo Lover
The Green Manalishi (With the Two Prong Crown)
(Fleetwood Mac cover)
Evil Never Dies
Some Heads Are Gonna Roll
Breaking the Law
Hell Bent for Leather
Painkiller

Encore:
The Hellion
Electric Eye
Metal Gods
You’ve Got Another Thing Comin’
Living After Midnight