Jack Asselin ou le post-cowboyisme.

Si le Rock est mort c’est peut-être parce que le Country l’a mangé, avalé pour ensuite mieux le régurgiter. On a raison d’être complètement écœuré des mimiques, des perruques et des feux d’artifice du Rock N’ Roll qui se résume souvent à la parure et aux effets visuels pour faire accourir les foules. La testostérone des machos du rock est enfin complètement dépassée. La vieille rengaine de I wanna rock and roll all night and party every day est devenue totalement obsolète. Un exergue dont on se moque en coin, caché dans notre barbe d’hipster pour rire des losers avec un grand L qui n’ont pas su s’adapter à la mondialisation ou à la technologie. Disons que le 10 cennes de Joan Jett nécessaire pour faire tourner le juke-box n’existe plus maintenant que sous la forme d’une carte à puce avec un minimum de 5 $ par transaction. Et elle sert bien plus souvent à acheter un café produit par des esclaves en Amérique du Sud que pour acheter de la musique d’un artisan local. À chacun ses priorités tsé.

Notre époque est celle de l’égalité et de la fraternité, d’ouverture aux différences, tout ça sous le précepte de base que chacun est unique et que notre intériorité mérite, elle aussi, de se sentir, parfois, expurgée. Ça donne tous plein de résultats, du plus loufoque au plus dramatique, et en plein centre de la ligne, il y a le cowboy. L’homme du passé vivant à une époque floue et dans un milieu incertain. Un être hors normes encore plus hippie que le plus hippie des hippies. — Ici, évidemment nous ferons abstraction des cowboys trumpistes qui brûlent des croix, some of those that want forces are the same that burn crosses —.

Mais alors que le rock brûle lentement sur la croix du conservatisme protestant, — parce qu’on en a soupé des militaires qui se crinkaient, avant de tirer sur des Irakiens, à grands coups de Drowning Pool, Disturbed et Godsmack —, le country, forme musicale plus pure et naturelle, éclot doucement sous le soleil de notre nouvelle morale.

L’auteur-compositeur Jack Asselin, originaire de Joliette, — et oui encore Joliette, leur eau doit être magique — lançait l’excellent l’album Gazoline sous l’étiquette La Cabane. Asselin assume le cowboy en lui comme on le voit rarement pour des jeunes de sa génération. Pour son premier album francophone, Asselin assure un virage électrique plus important. Le Daily Rock a eu envie de s’entretenir avec le bohème de Lanaudière qui se préparait à aller ouvrir le spectacle de Cayouche. Nous voulions savoir ne serait-ce ce que ça mange en hiver un cowboy en 2017. Un cowboy vegan ça se peux-tu?

— Oui, je fais du country, mais c’est du country qui se veut folk, blues, et malgré tout très rock, nous dit Asselin. Je me suis aussi imposé le français pour ce projet parce que j’ai ressenti le besoin de créer des pièces qui me ressemblaient. J’ai longtemps tenté de dénicher des artistes country-francophones qui auraient su me toucher et me parler, mais sans succès. J’ai eu l’impression que ça manquait, qu’il y avait un vide à remplir et j’ai eu envie de tenter de le remplir à ma façon, c’est-à-dire de créer un nouveau country plus honnête et plus jeune, authentique où l’on peut chanter la souffrance et la misère. Tout ça en fait pour dire que je ne suis pas le plus grand fan de Willie Lamothe, je préfère davantage les artistes de la vague de alt-country américain comme Cody Jinks, Jamey Jonhson, ou Waylon Jennings par exemple. Et évidemment, je ne me tannerai jamais du maître Johnny Cash.

Le mandat est réussi. L’album Gazoline respire la souffrance et l’angoisse, mais surtout l’honnêteté et l’authenticité. Les pièces ratissent large tout l’éventail du style en passant par les ballades country comme la pièce Les Désespérées, jusqu’aux rythmiques plus uptempo comme Menteuse, ou carrément plus rock sur la pièce Pas un cowboy.

Meilleures pièces
— Enterre-moi
— J’aurai pu besoin de toi maintenant
— Tomahawk Hotel

Texte: David Atman

Crédit photo : Françis Malo