À LA CHANDELLE

La trame sonore de mon été 2015 était réunie sur la scène du Corona en ce dimanche 3 décembre. C’est à l’artiste canadienne Kandle que revenait l’honneur de débuter la soirée avant Jake Bugg. C’est en formule duo que cette dernière s’est présentée sur scène pour interpréter plusieurs nouvelles pièces toujours à paraître. Kandle avait en 2014 sorti un grand album intitulé In Flames que j’ai usé à la corde durant une saison entière. J’espérais ce soir la voir avec son groupe pour interpréter les immenses chansons de cet album qui lui ont donné toute sa réputation d’auteur-compositrice. Malgré cette petite déception, la formule en duo permit une belle proximité avec le public. Kandle toujours discrète et coquette nous conviait à un souper aux chandelles, comme une amie qui timidement nous demanderait d’écouter ses nouvelles chansons pour savoir ce que nous en pensions. L’instrumentation simple eut deux effets bien précis; premièrement celui de nous montrer ses compositions complètement dénudées et d’une simplicité assumée. La formule en duo eut également comme effet de préciser toute l’ampleur du charisme de l’artiste. Même si quelques erreurs de rythmiques sont venus entacher un peu la performance la demoiselle n’a clairement pas le meilleur jeu de guitare du monde, mais sa voix, si puissante laisse entrevoir une personnalité si forte que le reste importe peu. Pour l’instant, les nouvelles pièces rappelons le sans instrumentation n’ont pas eu le même effet sur moi que l’album In Flames. En attendant la sortie du prochain album, je me questionne sur la pertinence pour Kandle de jouer de la guitare électrique alors qu’autant la formule que ses compositions auraient peut-être bénéficié d’être interprétée à l’acoustique.

RETOUR AUX SOURCES

Jake Bugg, sans contredit l’artiste le plus important de sa génération en Angleterre allait suivre, seul sur scène avec sa guitare et son innocence de jeunes adultes. Depuis déjà cinq ou six ans que Bugg se retrouve sur les plus grandes scènes de la planète. La comparaison avec Bob Dylan est absolument inévitable. Sans avoir la plume ni l’expérience du récipiendaire du Nobel de littérature, Bugg arpente les chemins débroussaillés par son père spirituel, et avant lui par Woody Guthrie. La société a beaucoup changé depuis que Guthrie fut mis à l’index par le président McCarthy lors de la chasse aux sorcières communistes des années 40. Nous sommes avec Jake Bugg à mille lieues des revendications politiques et de la poésie du peuple de Guthrie. Dylan ou même Johnny Cash. Néanmoins l’auteur-compositeur reprend le flambeau sous de nouvelles balises en interprétant la meilleure musique folk entendue depuis des lunes. Il ne réinvente pas la roue, mais la fait tourner avec tellement d’assurance et de façon magistralement efficace. Sa maîtrise de l’art Folk ressuscite un style surexploité qui en était devenu très redondant depuis que Dylan s’est mis à faire du Gospel ou depuis que Daniel Johnston a fait du LSD avec les Butthole Surfers. Oui près de Bob Dylan, mais en réalité on se rapproche aussi infiniment de ce que pouvait produire Shawn Phillips dans les années 70. Jake Bugg, à peine au début de la vingtaine a assurément un brillant avenir devant lui, et par le fait même, redonne ses lettres de noblesse à la musique Folk. Un grand grand mélodiste.

Texte: David Atman