I Prevail @ MTELUS, 17.10.2017

Après une mi-session houleuse qui m’a coûté moult heures de sommeil, j’ai pu goûter à ma semaine de relâche avec le spectacle très attendu d’ I Prevail (Ils était présent au Théâtre Corona en mai) au MTelus de Montréal. Le groupe était accompagné d’Escape The Fate, The Word Alive et We Came As Romans. Une brochette d’artistes aux sonorités homogènes, tantôt ennuyantes. Qu’à cela ne tienne, je me suis rendu sur Ste-Catherine avec beaucoup d’enthousiasme.

Escape The Fate, groupe post-hardcore qui a fait école, ouvre la soirée. Le parterre regorge déjà de fans enragés. Ils sont déjà prêts à chanter les refrains mélodiques des 5 groupes présents ce soir. ETF se démarque depuis plusieurs années comme étant le porte-étendard éternel du genre «Emo». En effet, le look des musiciens et les sujets que ceux-ci abordent dans les chansons suivent cette tendance du début des années 2000. Le groupe arrive avec beaucoup d’énergie pour débuter la soirée. Je ne suis pas un fan aguerri du groupe, mais les compositions simples (simplettes, j’ose dire) sont faciles à assimiler et je me surprend à hocher la tête à quelques reprises. Le chanteur Craig Mabbit termine la prestation en bondissant à pied joint sur la foule afin de crowdsurfer. Une bonne performance de façon générale pour Escape The Fate.

The Word Alive pouvait autrefois compter sur la présence de Luke Holland derrière la batterie. Malheureusement, le batteur extraordinaire a quitté la formation pour une carrière solo. La formation perd ainsi le membre le plus intéressant de son quintet. Bien que le chanteur Telle Smith soit en voix ce soir, la performance générale du groupe me laisse de glace. TWA n’a pas su raffiner son identité musicale après toutes ces années dans l’industrie. Sa sonorité inégale m’empêche d’apprécier sa prestation à 100 %. Les musiciens semblent statiques au premier coup d’œil malgré quelques faits saillants chorégraphiques. Telle Smith monte néanmoins au balcon afin d’admirer le wall of death qu’il venait de commander à la foule au parterre. Ça donne le sourire, mais ça n’amène pas leur performance plus loin.

J’attends We Came As Romans avec plus de hâte que tous les autres groupes ce soir. Son post-hardcore/metalcore classique est presque aussi envoûtant que les refrains de ses chansons. Nouveauté de la part du groupe: le chanteur clair Kyle Pavone œuvre dorénavant comme DJ. Il assure tout de même ses parties vocales avec précision et constance. L’autre chanteur, Dave Stephens, est absolument sans faille. L’une des meilleures performances vocales de l’année selon moi. Son scream est véloce et est utilisé avec une précision chirurgicale. Stephens est une boule d’énergie qui n’arrête jamais du début à la fin du set. Il chante même avec une voix claire maintenant, rivalisant de talent avec son Pavone, son pair. Un sans faute ce soir pour les deux frontmen charismatiques. WCAR peut aussi compter sur une toute nouvelle addition à la batterie: David Puckett, tout droit sorti des cendres de For Today. La formation revampée du groupe fonctionne à merveille. Une solide prestation pour préparer Montréal à l’arrivée d’I Prevail.

Ce dernier fait tourner les têtes de la presse spécialisée et de l’industrie depuis maintenant quelques années. Le groupe a connu un bond de popularité presque surnaturel dans les deux dernières années, soulevant parfois la controverse chez ses pairs. Leur popularité est telle qu’ils sont la tête d’affiche ce soir, au-dessus de groupes qui existent depuis près d’une décennie comme We Came As Romans et Escape The Fate. La présence constante et presque harcelante d’I Prevail sur les réseaux sociaux paie: cette présente tournée (de plus de 3 mois, je le souligne) affiche complet à plusieurs de ses dates. J’ai hâte de voir si le groupe saura répondre à mes attentes, et elles sont élevées. Malheureusement, I Prevail me laisse avec une amertume non négligeable. Malgré la scénographie absolument époustouflante (les gars ont apporté un ring de lutte complet comme piédestal pour la batterie), la performance comme telle est décevante. Les 4 musiciens se tiennent devant la scène et ne bougent que très peu. Le jeu de lumière fait tout le travail ce soir. Le chanteur clair n’est pas présent pour cause de blessure aux cordes vocales, c’est donc le screamer qui doit assurer les interventions avec la foule. Ce dernier manque d’habileté dans ce domaine, visiblement. La formation essaie tant bien que mal de faire de l’humour entre les chansons sans vraiment faire mouche. Les dites compositions sont d’ailleurs presque indissociables les unes des autres, me donnant une impression de déjà-vu désagréable plus le spectacle avance. I Prevail se vend comme un produit hyper tendance avec une grosse production visuelle pour assurer ses arrières. Malheureusement, le groupe n’arrive pas à la cheville de ses prédécesseurs.

Texte: Cédric Joly

Photos: Martine Labonté